vendredi 26 octobre 2007

Soins intensifs


Pour prendre soin de moi pendant ma convalescence, j'ai eu droit à la crème de la crème (de lait), une infirmière hors-pair, Miss Cherrypop. Elle s'occupe bien de moi, elle est gentille : elle me masse le cuir, sans pour autant le tanner, elle me nettoie les sabots avec délicatesse, et elle prend soin de mes cornes. On est devenu super copines ! Non, vraiment, j'ai pas à me plaindre, même si parfois, j'ai envie de beugler : "je vais bien, ça va !" Mais bon, qu'y a-t-il de plus agréable que d'être chouchoutée, caressée (dans le sens du poil), bichonnée ?


Et le soir, après avoir regardé les informations bovinales, elle me borde, un bisous sur les naseaux et elle me laisse m'endormir. Alors je rêve de l'avenir ("Un jour, mon boeuf viendra, elle jour il me ruminera..."[air connu]), je m'imagine courant à quatre pattes (oui, j'ai pas encore appris sur deux, moi !) au milieu des fleurs, le vent carressant mes cornes, les herbes chatouillant mes pis, à la rencontre d'un taureau charmant qui me regardera avec amour et qui m'emmènera brouter dans un petit pré romantique, et tous les deux nous regarderons... le train passer, l'un contre l'autre, ma queue chassant ses mouches tandis qu'il mâchera virilement un bouquet de jonquilles. Puis il me proposera un dernier litre d'eau dans son auge, et là il... rrrrrron, pffffffff..... rrrrrrrrrrron, pffffffffff..... rrrrrrrrrrrrrrrrron, pfffffffffffffffffffffffff...............................

mercredi 24 octobre 2007

Vous y avez cru ?

Ah c'est malin, une petite overdose de rien du tout et tout le monde m'enterre !
Vous y avez cru ? Merci beaucoup !
Et non, je ne suis pas encore morte ! J'ai encore de l'énergie à revendre, je ne suis pas prête à aller à la boucherie. J'ai juste fait un malaise, mon arrière-train m'a lâché et je me suis couchée sur le côté. Pas de quoi fouetter une malheureuse mouche ! Franchement, ça se voit que les docteurs en bovinerie sont pas très doués, on aurait amené à mon chevet un vétérinaire, il aurait tout de suite su gérer la situation ! Au lieu de cela, non ! On fait son deuil, on prévient tout le monde, le maire, le curé, on écrit des choses sur moi dans le journal de campagne... Ok, je le reconnais, j'ai gravement abousé (non, non, y'a pas de faute...), je ne le ferais pis jamais (là non plus !), je vous le promets, foi de Meuh-Meuh !
Résultat : me voilà en soins intensifs, avec tout ce que ça comporte comme restrictions : finie l'herbe pas fraîche, régime au foin sec et à l'eau, finies les courses entre copines à Auchamp, fini le shopping aux Galeries Lapaillette... jusqu'à nouvel ordre ! Alors c'est depuis la clinique vétérinaire que je vous écrirai désormais...

Vache funèbre


Monsieur et Madame les parents de Meuh-Meuh,

leur famille, proches et amis,


Monsieur le maire de Saint-Amand,


Monsieur le curé de Saint-Amand,


Ont l'immense chagrin de vous informer du décès de Meuh-Meuh la Vache, survenu ce jour.


Les obsèques auront lieu en la chapelle Saint-Cornu-Sainte-Mamelle de Beauchamps, samedi prochain, après la première traite du matin.


La famille de la défunte souhaite une cérémonie bio, de recueillement. Elle remercie par avance les participants de s'abstenir de ruminer.


Pas de marguerites, pas de moustiques.


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La voix des prés, édition spéciale.


Nous apprenons avec tristesse le décès par overdose de Meuh-Meuh la Vache, bien connue sous le nom de Meuh-Meuh, ce mercredi, à 8h. Ce décès tragique est dû, selon les premiers éléments de l'enquête, à une overdose de laitaïne, une substance illicite très en vogue dans la jeunesse bovine. Très prisée dans les milieux des nuits prairières, cette biodrogue, apparue il y a quelques années, est un amalgame de lait concentré et de cocaïne-OGM, issue des meilleures parcelles agricoles de Colombie. Arrivée via les réseaux parallèles sur notre territoire en 2002, en même temps que la prostitution des Salers et des Montbéliardes de l'est, la laitaïne a vite trouvé dans la jeunesse verte de nos prés un public déjà consommateur de substances fortes telles que space-buisson, l'herbe hallucinogène et le LSD-marguerite. Ce nouveau décès vient encore une fois relancer la polémique sur la libre circulation, en dehors des champs clos et des estabules fermées, de biodrogues potentiellement mortelles dès la première injection. Le ministère de la santé bovine avait déjà alerté à ce sujet les veaux et génisses des dangers de la consommation de stupéfiants bio, sans pour autant parvenir à stopper ce fléau. L'Association des Troupeaux Familiaux (ATF) appelle de nouveau aujourd'hui, sur son site internet, les parents à la plus grande vigilance vis à vis de leur progéniture, notamment lors des sorties nocturnes dans les prés-dansants. De son côté, l'Union des Propriétaires de Prés-dansants et de Foins-de-nuit (UPPF), a assuré continuer les campagnes de sensibilisation auprès de son jeune public par le biais de manifestations "green" pour tenter d'enrayer le phénomène, en encourageant par exemple la consommation de lait entier-coca lors des soirées open-pissenlits très à la mode, dans l'espoir de détourner les plus jeunes des biodrogues dures. Reste que le combat est long, et que ce drame fait rejaillir l'extrême solitude de quelques ruminants, et la multiplication de bestiaux qui revendent ces biodrogues en sous-main.
S.B.

Photo de notre correspondant sur place, Olactos.

En cours de soirée...


Wahou ! Eh ! Trop fort ! J'entend la mer ! C'est trop l'fun ! hi hi hi...


Gloups ! J'suis un peu pompette moi ! J'ai peut-être trop abusé des mélanges : je crois que la vodka-lait au soja c'est pas pour moi ! Hihi ! Et puis avec tout ce que je me suis enfilé comme marguerites hallucinogènes... Y'a un moment, je vous raconte pas, j'ai vu Brad Pitt faire du rodéo sur le dos de Noiraude, la copine à Amédé. Je vous raconte pas la tête qu'elle a fait, elle l'a envoyer bouler à au moins 150 m de là ! Si, si, je vous jure ! Glurp ! hi hi hi hi hi....

Woaw... c'est trop beauuuu ! Je vois les étoiles et je vogue sur la mer ! Ooooooh.... ! Eh regarde, là-bas, c'était Atchoum, le petit nain de la génisse du dessous ! Salut Atchoum ! ... ... ... Oh ! Le beau ciel ! Oh, les belles étoiles ! .... .... .... Chut, regarde, y'a Bambi, le veau de la voisine, qui fait dodo ! pfffff, hihihihi....

Ce soir, méga teuf qui déchire la mort !



Ce soir, je suis invitée à une fête géniale, je sens que ca va être d'enfer ! Au programme : beaucoup d'herbe (une fois n'est pas coutume, pas à brouter !), beaucoup de vodka-lait, et des tonnes de barres milka à s'en faire péter la panse !!!
En plus, il paraît que les taureaux sont de sortie aussi, ça va être dément !
Allez, hop ! un petit tour aux petits-coins pour une petite bouse, et après, à moi la fiesta !!!

Diane, Pétronille, Alexandrine et les autres...



Me voilà, ultime échelon d'une illustre famille ! J'ai fais des recherches, interrogé des dizaines de taureaux spécialistes des lignées bovines, et j'ai pu établir un arbre généalogique assez précis. A retenir, parmi les plus célèbres :

¤ Diane de Puisaye (1213-1230), dite "La Blanche" : sans doute la fondatrice de la lignée, du plus loin que j'ai pu remonter. Dans son domaine du Pré-Fleuri, concédé pour service rendu par le roi Gildebert II (en lutte ouverte avec le chevalier Taureau Ailé pour la possession de riches paturâges aux clôtures trouées), elle fait merveille et donne naissance à de nombreuses génisses. La branche aînée, qui survit aux affres de la guerre, aura une descendance bien assurée.
¤ Marie-Françoise de La Ferme-d'En-Face-Beaupré, duchesse de Coquelicot (1658-1673) : mène avec courage la révolte des sabots de fer en 1668. Le roi Hector III voulait retirer aux génisses de sang et aux vaches de qualité le privilège de porter des fers en arc-en-ciel. Devant sa détermination (elle en appelle à un arbitre extérieur, le grand Istambul IV), Hector préfère abandonner son projet. Elle est reçue avec tous les honneurs à l'étable royale en 1672, peu avant son décès.
¤ Marie-Adélaïde de La Colline (1767-1785) : milite pour la réforme laitière, dont elle propose un livret et un programme en 4 articles au roi Denis XV. Parmi les mesures préconisées, l'interdiction de la traite après le coucher du soleil. Ses propositions sont à la base des revendications du siècle suivant en matière de respect du lait et des cornes.
¤ Pétronille-Armande (1832-1849) : extraordinaire laitière, elle est la première à exiger qu'on conserve son lait dans des seaux en fer et non plus dans des barriques en bois, comme on avait coutume de le faire, pour lui garder toute sa saveur.
¤ Alexandrine (1913-1935) : d'une longévité exceptionnelle, elle milite jusqu'à son dernier souffle au sein du comité "On n'est pas que des Vaches à Lait" pour le repos hebdomadaire du samedi-dimanche. Elle ne verra pas se concrétiser la loi "Du repos nécessaire de la race bovine" votée seulement deux mois après sa mort.
¤ Marguerite (1928-1946), mon arrière-grand-mère : grande actrice, elle a fait ses débuts au Pré-du-Bord-du-Chemin-de-Fer, une salle provinciale, avant de connaître la gloire éternelle dans le film "La vache et le prisonnier", au côté d'un obscur acteur de seconde zone qui ne connaîtra pas d'autre succès, un certain Fernand... je-sais-plus-quoi. Amoureuse de l'acteur Bovinoodien Humphrey Bo-landais, elle vivra une passion destructrice avec lui, entre reconnaissance du métier et désespoir personnel devant ses innombrables infidélités. Elle a son étoile et ses empreintes sur le célèbre Famous Cow Boulevard de Cow-Boy City.

Si ça c'est pas une illustre famille de ruminants ! Gageons que je puisse moi-aussi apporter ma pierre en devenant aussi célèbre !

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N. B : petite note pour ceux qui ne connaissent pas la généalogie bovine : les bovins se transmettent l'héritage familial (patronyme, terres et prés, droits et concessions) par la mère, la seule reconnue juridiquement pour assurer cette transmission. Les nombreux taureaux apparaissant au gré des alliances contractées ou des simples passades d'accouplement, ne peuvent prétendre à une quelconque part dans les héritages. La plupart du temps, ils n'occupent dans les familles qu'une place très marginale, soit qu'ils fuient le peu de responsabilités leur revenant, soit qu'ils en soient chassés cornu-militaris par les ayant-droits femelles officielles.

Cette famille, elle a du chien...

J'ai d'autres amis aussi, avec qui je m'amuse comme une folle (sans farines animales... si, si, cherchez bien, vous allez comprendre !). C'est mini-toi et mini-moi (ne me demandez pas qui est qui, ça change à chaque fois). Ils sont très affectueux, plutôt coquets (et pas cockers). on est cousins, parce que leur père est le frère de mon père, et que leur mère est la femme de mon oncle, donc la belle-soeur par alliance de ma mère. Une histoire d'amour entre chiens et veaux, c'est pas simple tous les jours. Enfin, ils sont adorables, on joue comme des chiots ensemble. Il paraît que les liens de famille sont importants pour la conpréhension entre les races. Bon, à part quelques différences de taille (je broute l'herbe, ils la fument ; je croque la salade, ils la piétinent ou se soulagent dessus ; je chasse les mouches de ma queue, ils les avalent par mégarde...), on s'entend bien ! Comme on dit, les chiens ne font pas des veaux, mais ils tiennent aux va-vaches ! Ah, la famille !

mardi 23 octobre 2007

Mon ami l'Ours !

J'adooooooore les soirées que je passe avec mon ami Winnie. Winnie, comment le présenter ? Ben c'est un chou, un adorable petit ourson (euphémisme). Avec lui, je me sens en sécurité. Et puis avec Winnie, on peut parler de tout. Il est toujours très accueillant, et il adore nos soirées causettes. Il vient généralement avec son gros pot de miel (d'acacias, c'est le meilleur, et il dit que pour grogner, ca donne une belle voix rauque et mélodieuse...). Moi je m'installe avec un bon plat de pissenlits (ca donne de la couleur à mes pis !). Et on papotte, tard parfois, et quand j'ai sommeil, je me roule dans ses pattes puissantes, je cache mes naseaux dans sa fourrure épaisse, et il me gratouille de ses griffounettes le cuir du jarret... Ah, c'est tellement agréable de pouvoir compter sur un gros ours comme lui !

mardi 16 octobre 2007

Chut, je bigophone...

"Allô ! Winnie ? C'est Meuh-Meuh ! Ca va ma chérie ? Ouais, troooooop bien, tu sais quoi, attend je te raconte pas !... Si attend, je te raconte : je me suis fait un toilettage, ma puce, tu aurais été là, tu aurais halluciné ! Je suis suuuuuper belle ! ouais, trop... Sinon, tu fais quelque chose ce soir ? J'hésitais à aller au pré, y'a une réunion tuppergreen, ouais c'est comme tupperware, mais en produits bio... Ou sinon, y'a la soirée Marguerite-en-bouche, c'est open-salade avant minuit, je suis invitée... Et toi, tu fais quoi ? On se retrouve à 20h alors ? Ouais, trop fort ma caille, c'est suuuuuuper ! J'espère qu'il y aura Hector à la soirée ! Tu sais, Hector, mais si chérie, je t'en ai parlé, c'est ce beau taureau camarguais, mais si tu sais, celui qui m'a enlacé pendant le flamenco l'autre jour, à la soirée "Halte à la Corrida"... ben, tu sais, il est vachement engagé dans l'association, il a déjà perdu son oncle à Nîmes, son cousin Hub' et sa tante Hilda, du Portugal... oui, ils ont confondu... enfin, bref, il m'avait trop bien dragué, on a failli faire la clôture ensemble ! Dommage qu'il y avait son ex qui traînait par là... oh une pouf' de Limousine, tu vois le genre, fade quoi ! Même pas de tâche ! Et puis faut que je te dise pour l'autre jour, tu sais quand j'ai... "

Miroir, Ô Miroir, dis-moi franchement...



... ne suis-je pas sexy au sortir de la douche ? C'est fou, ce ne serait pas moi, je me dirais : "La vache ! (c'est un peu le cas de le dire !!), quelles belles taches, quel beau cuir, quel beau sourire sensuel et énigmatique !" Avant de me faire belle, je mérite qu'on s'arrête un instant sur mon extraordinaire beauté naturelle, à la fois nue et décomplexée, mais également recherchée : qui peut se vanter de garder tout son charme, même mouillée ? Quand je vois mes copines, qui broutaient tranquillement, et qui subitement se retrouvent sous un orage, ben elles, elles ont pas ma classe sous l'eau ! Cela dit, n'est pas Meuh-Meuh qui veut, et c'est tant mieux : c'est vrai, si toutes les Noiraude et autres Petronille (je sais, ce prénom est vraiment ridicule !) étaient aussi précieuses que moi, où irait le monde... Alors, Visiteur, Ô Visiteur, dis moi franchement : ne suis-je pas mieux comme ça que dans ton assiette ?